Sous ses airs de carte postale californienne, “Bad” n’a rien d’innocent. Le nouveau single d’ Oleyada avance masqué : mélodies sucrées baignées de soleil, voix vaporeuse presque caressante et, en dessous, une philosophie désabusée qui dynamite les illusions modernes. Les rêves ? Condamnés. La stabilité financière ? Un mirage. L’amour triomphant ? Un mythe confortable. Alors autant céder à la tentation et devenir, ne serait-ce qu’un peu, “bad”.
Une bande-son pour un rêve qui déraille
Écrit à Los Angeles avec le producteur nommé aux Grammy Rodrigo Martins, le morceau porte clairement l’ADN West Coast. Guitares électriques nonchalantes, batteries inspirées du hip-hop, groove détendu : tout semble respirer la douceur d’un coucher de soleil sur Sunset Boulevard. Mais l’ambiance est trompeuse. Bad sonne comme si Lily Allen s’était perdue dans une bande-son de The O.C., sous l’œil étrange et inquiétant de David Lynch.
Ce contraste est la clé. Oleyada chante presque avec détachement, comme si elle murmurait une vérité que tout le monde préfère ignorer. Le nihilisme n’est pas ici crié, il est enveloppé dans du velours. Rodrigo Martins construit autour d’elle un paysage sonore trompeusement agréable, où chaque riff alangui dissimule une fissure.
Un projet taillé dans le coeur de la pop
Artiste canadienne d’origine uruguayenne, Oleyada façonne depuis des années une dream pop lo-fi depuis son studio chambre. Elle n’a pas grandi dans une famille de musiciens, n’a jamais étudié la théorie : elle compose à l’instinct, poursuivant des sensations avant de pouvoir les nommer. La production est devenue son langage, qu’elle partage aujourd’hui avec son fiancé et partenaire créatif Mathew Fantini. Lui apporte une rigueur technique et une basse ancrée dans le sol ; elle avance à l’intuition. Ensemble, ils transforment chaque morceau en conversation sonore.
Son univers rempli de synthés inspirés des années 80, de couches vocales luxuriantes et d’images impressionnistes lui a valu une place de choix dans le paysage sync canadien, avec des placements dans des séries comme Workin’ Moms, Bet sur Netflix ou The Lake sur Prime Video. En 2024, son premier EP “Late Night Jam“, soutenu par FACTOR, attire l’attention de Spotify, Apple Music, CBC et Billboard Canada, révélant une artiste capable de mêler sophistication jazzy et énergie nocturne torontoise.
La fin des lunettes roses
Avec Bad, Oleyada va plus loin. Moins de vernis, plus de grain. Une production plus directe, presque rugueuse, qui flirte avec l’indie rock, la dream pop et l’alt-R&B. Elle semble délaisser le confort pour explorer une zone plus trouble, plus honnête.
En tant que productrice et storyteller, elle s’impose sans compromis. Une invitation à regarder le monde sans filtre rose, à accepter ses contradictions, et à danser quand même.
Si 2026 doit révéler une version encore plus intime et affirmée d’Oleyada, Bad en est le prélude parfait : lumineux en surface, vertigineux en profondeur.













