Avec “Higher On Live“, INSCT et Roxy Tones ne cherchent pas à réinventer la deep house, ils préfèrent la ralentir, la charger d’émotions diffuses. Résultat : un album-fleuve de 19 titres, pensé comme une dérive nocturne.
Chroniques d’une nuit électronique
D’un côté, Roxy Tones, productrice suisse en pleine montée sur la scène européenne, s’est imposée avec des morceaux mêlant grooves souples, mélodies accrocheuses et textures chill. De l’autre, INSCT, projet plus discret, presque insaisissable, fonctionne comme une plateforme de production électronique, naviguant entre collaborations et logiques club. Ensemble, ils forment un duo hybride où la sensibilité se combine à une architecture sonore.
Dès l’ouverture, “Blind Love” pose les bases : nappes chaudes, voix suspendue, groove qui avance sans jamais presser. Le disque glisse ensuite vers “Tranquil Waters”, première respiration instrumentale, avant de replonger dans le chant avec “Sweat”. Sur ce morceau, la voix de Robbie Hutton flotte au-dessus d’une ligne de basse funk et précise. Elle maintient un équilibre fragile entre élégance et efficacité club. Un morceau qui résume bien l’ambition du duo : faire danser sans brusquer.
Mais Higher On Live ne se contente pas d’aligner des tracks calibrés. Il bifurque. “Shine All Night” surprend en flirtant avec une techno mélodique plus tendue, construite en montée progressive, presque narrative. À l’inverse, “Cloud 9” ralentit tout : piano dépouillé, voix à fleur de peau signée Johnny Chicago, puis explosion finale. Une douceur qui se fissure, comme souvent ici.
Le disque fonctionne par cycles. Les voix reviennent, créant une forme de continuité : Scarlett Jackson réapparaît, Robbie Hutton aussi, comme des silhouettes croisées plusieurs fois dans la même nuit. Entre deux, des instrumentaux – “Velvet Hangover”, “Whispers In The Breeze”, le morceau-titre – installent des zones de flottement, presque contemplatives. On pense moins au club qu’à ces moments d’après, quand la musique devient décor intérieur.
Faire vibrer le silence
Ce qui frappe surtout, c’est la cohérence de l’ensemble. Là où beaucoup d’albums électroniques ressemblent à des compilations déguisées, Higher On Live assume sa longueur et son tempo moyen. Il prend le temps. Trop, diront certains. Mais c’est précisément dans cette lenteur que le duo trouve sa force : une capacité à installer des ambiances, à faire durer les émotions sans les surligner.
Sans jamais sortir franchement de ses codes – deep house, chill, touches pop – , INSCT et Roxy Tones signent un disque qui privilégie la sensation à l’impact. Une musique pour les interstices : couchers de soleil, retours de soirée, trajets solitaires.
Pas une révolution, non. Mais un espace. Et parfois, c’est déjà beaucoup.














