Il aime scander sur scène qu’il n’est pas encore “validé” c’est pourtant des centaines de personnes qui se sont donnez rendez-vous ce mercredi soir à La Rayonne, attendant impatiemment les premières notes du chanteur parisien. James Baker, c’est une silhouette tout droit sortie d’un fantasme 80’s et des mots à la douleur contemporaine qu’il tisse dans un double EP : “Romy Rose“. De mon côté, j’ai joué le jeu : jean pattes d’eph’ et créoles dorées pour papoter avec la futur star de l’indie pop.

Rap US et nostalgie des 80’s

Bonjour James, est ce que tu peux te présenter à nos lecteurs ?
Carrément, écoute, mon nom d’artiste c’est James Baker, c’est mon vrai prénom d’ailleurs. Et j’ai 25 ans maintenant, je fais de la musique depuis quelques années, je fais de l’indie pop… Entre de l’indie pop et de l’indie rock.

Oui, t’as pas envie forcément de te mettre dans une case ?
Bon, ça ne me dérange pas qu’on me mette dans une case, peu importe, en vrai. Mais bon, pour situer un peu, je dis que je fais entre de l’indie pop et de l’indie rock, mais ça touche à de l’électro, du hip-hop, à plein de trucs.

T’écoutais quoi comme musique quand t’étais ado ?
Ado, j’étais beaucoup sur du rap. Rap américain et rap français, et beaucoup d’électronique. Et j’écoutais beaucoup les musiques qui passent à la radio aussi, avec mes parents du coup. Nostalgie et Chéri FM, avec tous les bangers des années 80.

Et est-ce que c’est ça qui t’a un peu inspiré aussi pour ta DA de jour en jour ? T’as des artistes précis que t’aimes beaucoup dans les années 80 ?
C’est plus des artistes que j’ai découvert du coup plus tard, que des artistes que j’écoutais à la radio avec mes parents, même si esthétiquement, forcément, j’ai été influencé. Surtout pour l’esthétique sonore, les synthés, cette identité très marquée qu’on retrouve dans tous les styles de l’époque. Il y a quelque chose d’unique dans les années 80 qui me fascine encore aujourd’hui.

Double EP, double face : James Baker enlève le masque

“Romy Rose” est un double EP. Pourquoi c’est important pour toi de ne pas appeler ça un album?
Parce que je me suis toujours projeté sur mon premier album depuis que j’ai commencé. Et je n’ai pas entamé ces projets dans une démarche de faire un album. Donc c’est important pour moi, même juste dans ma tête, de séparer ces projets de mon premier album. Et après, il y a aussi des enjeux au niveau de l’industrie, au niveau des médias, où le premier album est quand même très important. Et justement, j’ai pas encore envie de jouer de cette cartouche-là.

D’accord, je comprends. C’est quoi tes titres préférés de ce double EP ?
J’en ai deux. C’est le premier et le dernier. C’est” Romy” et “Rose“. Je trouve qu’ils ont un truc en plus. Et aussi, ils apportent une dimension que j’ai envie d’aller chercher sur la suite. Donc, c’est des morceaux qui, au-delà du fait que je les ai faits, je les apprécie. C’est des morceaux qui m’inspirent aussi pour faire ce que je vais faire plus tard. Je trouve que c’est hyper important d’avoir des morceaux comme ça, sur lesquels s’appuyer.

Ça t’inspire dans le style ou dans la façon dont tu les as écrits ?
Ouais, un peu des deux. Dans le style et aussi dans la spontanéité que j’ai eue à les faire. Il y a un truc sur ces morceaux, aussi, je ne pense pas pour rien que c’est mes préférés et que je considère que c’est les meilleurs. C’est parce qu’il y a un truc où, au moment où je les ai faits, je savais que c’était bien.

Donc, toi, tu as plutôt une écriture spontanée, que ce soit sur l’instru et sur les paroles ?
Sur l’instru, oui. Sur l’écriture, non.

OK, d’accord. Et sur les toplines, non plus ?
En fait, il n’y a pas trop de règles. Mais justement, quand c’est spontané, il y a un truc où c’est hyper agréable et où c’est souvent les meilleurs morceaux. Et quand ça ne l’est pas, ça peut devenir un très, très bon morceau, même peut-être le meilleur, mais ça me touche moins.

Devant le micro, derrière la caméra

Tu adores le cinéma. Est-ce que tu as la chance, un peu, de réaliser tes clips ?
J’ai co-réalisé certains de mes clips. Et au tout début, quand il n’y avait pas d’enjeu de carrière, j’ai réalisé des clips tout seul, avec un trépied et une caméra. Évidemment que si j’ai l’occasion et du budget pour faire d’autres choses qui pourraient lier l’image à la musique, je le ferai. Maintenant, ça représente quand même une charge mentale et du travail conséquent, avec tout ce qu’il y a à faire à côté. Donc j’ai des très, très bons amis, notamment mon meilleur ami qui est dans le cinéma. Donc autant en profiter.

Et par exemple, est ce que ton double EP, tu l’as pensé un peu comme un film ou plusieurs petits scénarios ?
Ouais, carrément. Mes deux derniers projets, je les ai un peu pensés comme des… j’aime bien dire des court-métrages auditifs. J’aime bien ce truc-là, parce qu’il y a vraiment cette notion d’histoire avec un début, une fin. Il y a des transitions entre les morceaux aussi. Si tu lances le premier morceau, t’arrives à la fin, t’as l’impression que c’est qu’un seul morceau. Ce que j’essaie de faire, en tout cas. Il y a vraiment cette notion d’histoire où je raconte quelque chose et où j’essaie de développer notamment le personnage principal de cette histoire, etc.

Justement, j’ai remarqué que t’avais un narratif un peu de personnage principal. Et notamment, dans Romy, tu dis « tous ceux qui disent, en parlant de mes disques, que je me déguise, disent tous vrai ». Est-ce que ce dans ce personnage-là, il y a un peu de toi dedans ou c’est vraiment juste quelqu’un que t’inventes ?
C’est vrai que c’est un peu compliqué de jauger ce qui est vrai, ce qui est faux, ou ce qui est inventé, etc. Je dirais qu’au niveau des situations et des contextes, c’est souvent inventé. Mais par contre, quand je parle de problématiques ou de choses qui sont un peu personnelles, c’est toujours vrai.

Tu parles aussi beaucoup de tes romances. C’est une thématique qui revient énormément dans la musique en général, mais d’autant plus aujourd’hui. Comment tu décrirais un peu la romance d’aujourd’hui ?
Écoute, ce n’est pas facile à dire, parce que je n’ai pas envie de faire de généralité, mais justement, moi, à travers ce projet “Romy Rose“, j’ai voulu vraiment essayer de parler du consumérisme, comment on consomme les relations aujourd’hui, notamment avec les plateformes de rencontres. Plus on a de possibilités, plus on a du mal à faire des choix. Et du coup, il y a un peu ce truc de briser les schémas. Mais après, je ne pense pas que ça soit symptomatique ou que ça s’applique à tout le monde, évidemment.

“c’est vrai que j’ai beaucoup utilisé l’autodérision, ou un peu d’humour, pour me cacher. C’est un peu un masque, un masque d’écriture, un masque social.”

Je reviens un peu sur les films. Est-ce que tu t’es inspiré de certains réalisateurs dans tes clips ?
Ah oui, clairement. J’ai fait un projet qui s’appelle “Ciné-Club “et dans lequel, justement, c’était totalement le concept. C’était une musique, un film. Pour “Romy Rose”, il est inspiré du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry. Donc ça, c’est surtout pour tout ce qui est l’histoire, la forme et une partie de l’esthétique. Après, esthétiquement, on s’est beaucoup inspiré aussi de Virgin Suicide.

Qu’est-ce qui te touche particulièrement dans ce film ?
Ben justement, je peux revenir sur cette histoire d’amour hyper frustrante, mais hyper belle en même temps. Il y a un peu un paradoxe dans ce film, où accepter que les bonnes choses ont une fin, mais aussi justement se permettre de laisser les choses bien entrer dans sa vie.

J’ai remarqué que dans ton écriture, tu avais tendance à cacher les mots, les phrases un peu graves, un peu acerbes, derrière beaucoup d’humour. Est-ce que c’est réfléchit ou spontané ?
Je ne sais pas trop. En vrai, sur ce point-là, c’est vrai que j’ai beaucoup utilisé l’autodérision, ou un peu d’humour, pour me cacher. C’est un peu un masque, un masque d’écriture, un masque social. Mais oui, effectivement, c’est plutôt naturel, je dirais, quand ça se passe, et j’aime bien le faire de cette manière-là. Je suis hyper OK avec ça, mais… Non, je dirais que c’est spontané. En vrai, je n’y ai jamais pensé. Tu vas m’y faire penser maintenant (rires).

Je te parle de ça parce qu’il y a une chanson qui t’a fait connaître aussi, c’est Validé. Cette chanson, si on l’écoute elle n’est pas très joyeuse en soi. Mais moi, elle me fait quand même un peu rire. Je pense qu’on s’y retrouve tous. Explique-moi d’où vient cette chanson. Pourquoi tu as voulu l’écrire un jour ?
Ce morceau, c’est marrant parce que c’est une période où je m’étais lancé dans la musique, j’avais sorti pas mal de sons, et là, je préparais justement la suite. J’étais à un café avec un pote, et mon pote me disait, raconte ta vie comme si c’est de la grosse merde. Et j’ai grave kiffé l’idée. En plus, ça m’a grave fait écho à des artistes que j’aimais bien comme Orelsan, ce genre de trucs. Et du coup, je me suis lancé dans le délire.

Il n’y a pas de feat dans ce double EP, pourquoi ?
J’en ai fait deux sur des projets à moi. Pour l’instant, je n’ai pas eu d’expérience ultra positive avec la collaboration entre artistes. Pas que ça ce soit mal passé avec les autres artistes, pas du tout. Mais disons que… je ne sais pas. Ce n’est pas aussi naturel que quand je fais quelque chose tout seul.

Mais tu es aidé dans la production quand même ou tu es encore autodidacte ?
Je fais quand même une grosse partie. Je compose tous les morceaux et je donne vraiment une grosse direction d’arrangement dessus. Et ensuite, j’ai des boîtes techniques qui viennent travailler sur l’arrangement et le mix, évidemment, parce que le mix, je suis bien gez.

Et ce besoin de contrôle, tu penses que c’est dû au fait que le projet est encore jeune ou parce que c’est ta manière aussi à toi de fonctionner ?
Un peu des deux. Maintenant, je pense que c’est un peu ma manière à moi de fonctionner. Effectivement, enfin, il y a un truc où, en tant qu’artiste en 2026, avec justement les réseaux et tout, même s’il y a plein de gens qui t’entourent et qui participent et qui font fonctionner la machine, il y a un truc où tu es le moteur. J’ai l’impression que tout repose sur moi, quelque part. Peut-être que ça vient de là, ce truc de contrôle.

Si tu es quand même amené à collaborer par la suite, quels seraient tes feat de rêve ?
En vrai, j’en ai plein. (rires) En production musicale, je dirais que je kifferais collaborer avec les Daft Punk. Mais bon voilà. Sinon, en artiste, je kifferais collaborer avec Grian Chatten, le chanteur de Fontaines D.C.

Le Trianon en perspective

Est-ce que ton live, lui aussi, est pensé comme un film ?
En fait, il est énormément réfléchi, le live, mais pas comme un film. Pour l’instant il reflète ma transition artistique depuis mon projet « Les monstres ne se cachent plus sous mon lit ». Il fallait un peu lâcher prise sur l’envie de faire un live parfait. Mais je suis trop content, c’est un peu ma partie préférée de la musique, le live. Faire un bon live, faire kiffer les gens, être en connexion avec eux. Et oui, je suis hyper fier de ça.

Tu vas faire le Trianon en octobre. Est-ce que tu as prévu un live spécifique pour cette jolie date ?
Pas encore, mais c’est prévu. L’objectif, ce n’est pas de faire une redite, c’est d’apporter des choses différentes, que ce soit même des nouveaux morceaux ou, justement, un peu twister le truc. Apporter des artistes sur scène avec moi, parce que je ne l’ai jamais fait. Mais je n’y ai pas encore réfléchi.

L’énigme reste entière. Ta date de rêve ? Parce qu’on a fait les films, donc…
En vrai, c’est une vraie tournée. Je ne dis pas que c’est une fausse tournée, ce que je suis en train de faire, mais plus un truc où on passe vraiment partout. Je pense que ça serait ça.

Les p’tites recos de James Baker

Est ce que tu as des recommandations cinéma à nous faire ?
Alors, cinématographiques… Qu’est-ce que j’ai eu dernièrement ? Dernièrement, quand je me suis fait toute la filmographie de Paul Thomas Anderson, il a un peu la hype maintenant qu’il a eu les Oscars il y a deux jours. J’ai vu Magnolia que j’avais loupé. Un chef-d’œuvre absolu. Qu’est-ce que j’ai vu d’autres qui étaient cool ? J’ai vu No Other Choice au cinéma. Très, très cool. C’est vraiment une bête de film.

Sinon, musique, je conseillerais Divaa. Un petit groupe indie-pop avec un guitariste super fort qui est sur scène avec moi. Voilà. Un artiste que j’aime beaucoup et maintenant je l’aime beaucoup aussi, c’est BLOU FEET. C’est un artiste sino-français qui fait de l’indie-rock, de l’hip-hop, genre comme ça.

Et à part le cinéma et la musique, tu as une autre appétence culturelle ?
Je fais de la magie. (rires)

C’est vrai ? Trop cool.
Je voulais être magicien quand j’étais petit. Non, en vrai, mes deux passions c’est vraiment le cinéma et la musique. Après, j’ai été passionné par plein de trucs dans ma vie, mais rien de talentueux là-dedans. J’aime bien découvrir des trucs. J’adore apprendre.

Tu nous feras un petit tour de magie sur scène ?
En vrai, peut-être un jour ça se rencontrera dans le show.