Sacré Révélation Masculine aux Victoires la Musique 2026 et heureux détenteur d’une densité capillaire exceptionnelle, Sam Sauvage revient avec nous sur son parcours et son premier album “Mesdames, Messieurs !” qui le mèneront jusqu’aux planches de l’Olympia en décembre 2026.
Hugo Brebion aka Sam Sauvage
Bonjour Sam est ce que tu peux te présenter pour les lecteurs ?
Bonjour les lecteurs, je m’appelle Sam Sauvage, j’ai 25 ans, je fais de la chanson française. En gros c’est un ramassis d’influences de pop, d’électro, de chansons traditionnelles classiques, des choses comme ça. Et je fais un peu un micmac de tout ça, j’aime bien autant la scène actuelle que l’ancienne scène, musicalement en tout cas.
Je reprends l’idée d'”Avis De tempête“, quel est le bulletin météo actuel de Sam Sauvage ?
Une tempête ensoleillée ! (rires) Je pense que forcément il y a beaucoup de sollicitations au moment de partir en tournée, on fait des médias, des choses comme ça, donc je parle beaucoup, je suis affiché un peu partout. Je crois que c’est une vie qui me convient, donc je suis assez heureux de ça, et surtout je suis heureux que mon album parle aux gens. C’est loin d’être un succès commercial je pense, mais dès qu’il y a un public qui me suit je pense que c’est une chance.
Donc une tempête ensoleillée, mais de bonne augure.
“j’ai plus de mal à exprimer mes engagements, tellement je trouve ce monde radical, d’un côté comme de l’autre.”
Pourquoi Sam Sauvage ? Parce que je sais que ce n’est pas ton vrai nom.
C’est vrai. Tout simplement, c’est une histoire que je répète à chaque fois, qui est une histoire nulle à chier !(rires) Enfin nulle à chier c’est vulgairement dit, mais c’est pas une histoire très intéressante. Ça vient d’une soirée en quatrième, il y avait de l’alcool sur la table, moi j’ai pas voulu boire, donc on m’a appelé le Sam de la soirée, “celui qui conduit c’est celui qui ne boit pas“.
Puis après “Sauvage”, parce qu’il fallait trouver un nom de scène, et je trouvais que Sauvage c’était bien. Sam pour le côté sage et Sauvage parce que quand même j’aime bien me marrer, ça évoque une espèce de liberté et de désinvolture que j’aime beaucoup.
Est-ce que cette liberté t’arrives à la garder aujourd’hui avec tous les acteurs qui se rajoutent à ton projet ?
C’était ma grande crainte, surtout que moi je n’écris pas sur commande. C’est un truc que j’aimerais bien faire pour les autres un jour, écrire sur commande, mais pour moi je ne peux pas écrire sur commande, je ne peux pas me dire là je vais écrire une chanson parce qu’il me faut une chanson pour mon album, ça ne marche pas. Donc j’ai de la chance d’avoir un label qui comprend très bien ça.
Je pense que la seule prise de risque, c’est que mon deuxième album ne marche pas si je tente un truc complètement fou. Mais je fais pas ça pour l’argent, sinon j’aurais fait un autre métier je crois. Donc pour l’instant j’ai aucune entrave à ma liberté.
Un constat vaut mieux qu’un long discours

T’es déjà en train d’y réfléchir à ce deuxième album ?
En fait ouais. Cependant, j’écris pas en me disant “je vais faire mon album”. Moi je fais plein de chansons tout le temps, j’écris de manière frénétique. Si jamais j’ai une chanson bien qui me vient, je me dis celle-là va être dans l’album, et 90% du temps, ce sont des chansons qui finiront nulle part, parce que je les écris sur un bout de table, souvent dans ma cuisine. Du coup le deuxième album, oui j’y pensais déjà avant même d’avoir fait le premier.
Tu es originaire de Boulogne-sur-Mer c’est ça ? Tu en as fait une chanson, est-ce que tu peux nous en parler un peu ?
“Boulogne“, j’ai trouvé une bonne formule pour la définir, ça m’a pris du temps, c’est une ville que je trouve aussi belle dans sa laideur que laide dans sa beauté.
C’est une ville qui a vécu beaucoup de tragédies, la guerre est passée par là, et surtout des clichés lui collent à la peau avec ce qu’il se passe en ce moment avec les migrants. La Manche est devenue un cimetière, c’est un vrai fait d’actualité. C’est toujours le cas aujourd’hui, on en parle moins, mais tous les mois si ce n’est pas toutes les semaines, il y a un ou deux migrants qui meurent dans la Manche. On entend souvent dire “les Boulonnais sont des racistes, ils veulent les dégager en Angleterre” c’est les mots des gens. Finalement moi je n’ai pas vu ça du tout. Je suis allé là-bas, j’ai observé le truc de très près, et moi ce que je vois c’est des gens qui se battent justement pour faire en sorte que ces gens-là aient des conditions de vie dignes, peu importe ce qu’on en pense d’ailleurs.
J’ai vu des pêcheurs aller sauver des migrants dans la mer. Avant c’était des pêcheurs qui mouraient parce qu’on avait des embarcations de fortune, maintenant c’est des migrants qui ont des embarcations de fortune, et c’est des pêcheurs qui viennent les sauver. Donc j’ai trouvé ça très beau, et c’est pour ça que je voulais raconter cette ville et lui rendre hommage comme ça.
Tu dis que tu n’es pas un chanteur engagé, pourtant là tu me parles des migrants, tu parles aussi des féminicides, c’est un peu paradoxal du coup. Comment tu définis ton engagement ?
Disons qu’on peut considérer ça comme un engagement, mais moi je ne vois pas où il est, donc en fait comme pour les migrants, je fais un constat. Je vais dire oui peut-être que je défends un peu les clichés de Boulogne, mais ça ce n’est pas un engagement, c’est du chauvinisme, donc c’est plus ça.
Par contre les féminicides, moi je ne peux pas m’engager contre les féminicides. Qu’est-ce que je peux faire ? À mon niveau, je veux dire aller en manif, oui tout ça, mais ça c’est ma vie personnelle, ça ne regarde pas ma vie musicale. Ce serait difficile d’aller imposer ma vie musicale en manif, ce serait mal amené je pense.
Tu scindes beaucoup les deux, vie musicale et vie perso ?
Ça dépend pourquoi. Quand j’écris, moi je dis souvent que… je n’ai pas deux personnages. Mon projet, c’était un pseudo au départ, aujourd’hui c’est ma personnalité.
Je ne fais pas d’engagement, je fais plus des constats, parce que je ne me sens pas prêt et on pourrait me reprocher ça, d’ailleurs je ne suis pas assez radical parfois. Je suis très nuancé, un peu à contre-courant de l’époque là-dessus. Et même si je me sens profondément ancré dans ma génération, il y a un truc où j’ai plus de mal à exprimer mes engagements, tellement je trouve ce monde radical, d’un côté comme de l’autre.
“Je trouve qu’il y a une super scène actuelle. Contrairement à ceux qui disent que c’était mieux avant, je pense que c’est des gens qui ne savent pas où écouter.”
Tu t’es fait connaître sur les réseaux sociaux, mais tu t’en distance aujourd’hui. Là aussi il y a un petit paradoxe.
En fait ça dépend de la manière dont on se distance. J’ai des copains musiciens puristes, et on en parle souvent. Au début ils me disaient “les réseaux, c’est vendre son âme”. Et en fait je ne vais pas leur donner tort.
La musique, ça ne s’écoute pas en 30 secondes ni en une minute. Donc quand on propose un extrait, c’est compliqué. Mais on n’est pas obligé de se trahir pour le faire. Moi, j’ai toujours mis ma musique en avant. Je n’ai pas percé avec des reprises. Ça n’a jamais marché, c’était même un bide. Ça a mieux marché avec ma musique, ce qui est une chance. Et ça m’a permis de comprendre qui j’étais et comment gérer mon image.
C’était quoi les reprises que tu faisais au départ ?
Je faisais du Bashung forcément, tout le monde m’attendait au tournant là dessus. Je faisais aussi des tendances sur TikTok. J’avais fait une reprise de Pierre de Maere, maintenant je l’ai rencontré, on s’entend bien, c’est chouette. En fait il y avait des artistes qui faisaient des concours, et moi je voulais faire leur première partie. Et je me suis fait connaître grâce à ça.
C’est quoi tes influences de la scène francophone aujourd’hui ?
Je trouve qu’il y a une super scène actuelle. Contrairement à ceux qui disent que c’était mieux avant, je pense que c’est des gens qui ne savent pas où écouter. Quand on écoute Theodora, Zaho de Sagazan, il y en a pour tous les styles. Il y a aussi des groupes, même anglais, des trucs avec un son de fou. Il y a Bertrand Belin, pour le style plus “Bashunguès”. J’ai découvert Arkange, que je trouve formidable, hyper bien écrit. Et aussi TeddyBear sûrement la révélation masculine 2027.
J’ai toujours le pif pour ça. (rires)
Et t’avais le pif pour ta victoire à toi ?
Non, pas du tout. Je ne comprenais rien.
La vraie vie comme seule inspiration
“Aujourd’hui, tout le monde se prend trop au sérieux. C’est un problème.”
Dans ton premier album, tu proposes quand même un style qui est hyper new wave. Est-ce que tu veux t’ancrer dans un style précis ou est-ce que c’est mouvant ?
Ça va bouger à fond. Ça bouge déjà en concert d’ailleurs. La new wave , c’est un accident de basse sur “Les Gens Qui Dansent“. J’avais composé ça sur mon synthé MIDI avec un arpégiateur, et ça tournait. Et à un moment ça donne un truc, et ça devient un morceau. Ce n’est pas un tube, mais c’est celui qui m’a fait connaître. On m’a dit que ça faisait new wave, mais je n’ai jamais écouté vraiment de new wave. (rires)
Mais du coup j’ai replongé dans ce style et j’ai composé autre chose, encore plus new wave qui est “Avis De Tempête” en mélangeant avec des influences que j’aime comme Les Rita Mitsouko. Je suis une éponge, j’absorbe beaucoup de mélodies d’ailleurs je suis toujours à deux doigts du plagiat, j’ai pas de problème de le reconnaître. Un jour, ça pourrait m’arriver de faire un gros plagiat sans faire exprès. (rires)
Tes paroles oscillent entre l’humour, la délicatesse et des sentiments plus acerbes. Est-ce que c’est une manière de te protéger ou juste ta manière d’écrire ?
C’est presque ma manière de vivre. Je suis hyper honnête avec ce que j’écris. C’est un risque, parce que ça peut me retomber dessus. Mais je n’ai pas peur. Il faut être droit dans ses bottes. Et sur scène, encore plus. J’utilise beaucoup l’humour. Je suis très second degré, très dans l’auto-dérision. Je n’aime pas me prendre au sérieux.
Et aujourd’hui, tout le monde se prend trop au sérieux. C’est un problème.
Tu parles beaucoup des gens mais très peu de toi, c’est quelque chose que tu as développé ?
Oui, avec le temps. Avant, j’écrivais sur moi, sur mes histoires d’amour qui n’intéressent personne. Surtout que j’ai pas d’histoire d’amour donc… (rires). La vie d’un musicien n’est pas si inspirante que ça. Ce qui m’intéresse, c’est la violence et la douceur du monde, c’est les gens, les rencontres, leurs histoires. Et c’est ça qui a fait naître “Ali Roule De Nuit“.
Je reviens sur tes histoires d’amour qui n’intéressent personne, sauf moi du coup. (rires) Justement, on parlait avec James Baker, de la romance actuelle, de ta génération. Comment tu la décrirais toi ?
Je ne sais pas, parce que je ne suis pas du tout un grand amoureux. (rires) J’essaie de m’en sortir déjà avec mes propres histoires, c’est compliqué ! Je pense qu’il n’y a rien qui a été mieux avant. Les histoires d’amour, je trouve que je les raconte plus souvent parce que je les entends. Il n’y a que dans “Je Ne T’aime Plus” où c’était une déclaration personnelle terrible. Heureusement que la personne ne s’est pas reconnue. (rires) Je trouve qu’ il y a des avantages comme des défauts. Aujourd’hui on parle de “marché”, ça me choque. On se “met sur le marché“, mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? C’est pas un truc à vendre ni à acheter. C’est un truc à vivre.
Est ce qu’il y a un sujet que tu n’aborderas jamais ?
Peut être mes propres amours. Je n’arrive pas à écrire des chansons d’amour, je ne fais que des chansons de désamour.
Je n’écris que sur ce que je comprends vraiment. Les grands conflits, je préfère les éviter, parce que je ne me sens pas légitime d’en parler et j’aurais peur de me tromper ou de le regretter plus tard. Ce qui m’inspire, c’est surtout l’humain, la vie quotidienne, les histoires des gens. J’écris davantage avec ce que j’entends qu’avec ce que je vois, parce que ce sont les émotions et les relations qui me touchent le plus.
Pari(s) réussi
Le concert que tu fais ce soir à l’Epicerie Moderne, fait partie d’une tournée c’est ça ?
Oui, tout à fait, c’est une grosse tournée qu’on a entamée il y a deux semaines, et là on fait à peu près trois concerts par semaine, c’est ce que je préfère dans la vie, donc j’ai de la chance. Il y a La Cigale en mars, mais après on va continuer jusqu’à l’Olympia en juin, et en fait on sait d’avance qu’on va repartir en 2027.
Tu as préparé un live spécifique pour l’Olympia parce que j’imagine que c’est assez énorme ?
En fait pas tant que ça, moi je ne vois pas pourquoi je jouerais à Feyzin différemment qu’ à Paris, pour moi je ne fais pas de différence. Les gens se mettent dans la tête qu’il faut faire un concert différent pour les Parisiens. Est-ce qu’ils seraient plus exigeants ? Je pense que chaque public mérite son concert à la hauteur de ce qu’il est, donc je crois que oui si techniquement on a les moyens de faire plus de lumière, des choses comme ça, d’avoir un technicien en plus pour avoir une poursuite à la lumière, c’est tout ce qu’on va rajouter, mais en soi le concert sera le même.
Quelle est ta date de rêve ?
Le plus important c’est déjà de continuer. Tout le monde dit “le stade de France“, et c’est vrai que pour l’égo personnel c’est bien mais c’est le bazar y’a tellement de monde que tu ne vois pas le public. Donc pourquoi pas un jour faire le stade de Boulogne, ça me ferait bien marrer.
Sinon, l’Olympia, c’est un truc important pour moi, c’est un pari avec mon grand-père. Il y’a 10 ans quand je lui ai fait écouter ma première chanson il m’a dit “c’est bien mais c’est pas l’Olympia“, je lui ai répondu “vas-y un jour, j’y jouerai“.
Les p’tites recos de Sam Sauvage
T’aurais des recommandations culturelles ?
Je n’ai pas une grande culture cinéma, mais en musique j’écoute plein de choses. En ce moment, j’écoute Soulwax avec “Run Free” avec le bel accent français (rires.). J’écoute aussi Ino Casablanca avec qui j’étais aux Victoires de la Musique. Je réécoute un peu Talk Talk et un artiste que j’ai découvert il n’y a pas longtemps qui s’appelle Yolande Bashing.
À part la musique (ce qui est déjà pas mal) as-tu un autre talent ?
Alors j’étais bon en escrime quand j’avais 15 ans. Tout le monde dit que c’est un sport de riche alors que ce n’est pas vrai !
Sinon je fais de la trompette avec ma bouche (rires).
Spoiler j’ai eu le droit à un extrait, c’est très impressionnant.














