Chez néomí, chaque chanson ressemble à une page de journal intime que nous lisons en cachette. Avec “Didn’t I“, la songwriter folk-pop néerlandaise (née Neomi Speelman) poursuit son art délicat porté par une écriture à fleur de peau et des paysages sonores rêveurs.

Du minimalisme à l’émotion brute

Inspirée aussi bien par Bon Iver, Ben Howard ou Phoebe Bridgers que par Bob Dylan, néomí cultive une esthétique minimaliste où une guitare et une voix suffisent souvent à faire tenir tout un monde. Didn’t I s’inscrit dans cette lignée : une ballade feutrée, construite sur la retenue.

« J’écris pour raconter des histoires », dit-elle. Et chez elle, ces histoires sont des récits de doute, d’amour, de fatigue intérieure et d’acceptation, racontés avec une sincérité désarmante. Didn’t I capte ce moment fragile où l’on revisite une relation, une décision, sans chercher à embellir le passé.

Grandir à Zwijndrecht, une ville industrielle sans éclat près de Rotterdam, a façonné ce regard introspectif. Là-bas, néomí a appris à observer, à écouter, à réfléchir. La musique n’était pas une évidence, même si elle baignait la maison familiale. Après quelques leçons de piano abandonnées, c’est une vidéo live de Ben Howard qui déclenche le déclic. Elle se met à écrire, presque instinctivement.

La poésie de l’ordinaire

Ses premiers EPs, “before” (2022) et “after” (2023), posaient déjà les bases : des torch songs dépouillées, où la vulnérabilité devient une force. Son premier album, “somebody’s daughter” (2024), élargissait le spectre sonore avec des arrangements plus pop, tout en creusant les mêmes obsessions — le besoin d’empathie, la peur d’être mal comprise, la difficulté d’accepter ses propres failles. Une période marquée par la colère, aussi, perceptible entre les lignes.

Aujourd’hui, avec Didn’t I, néomí semble écrire depuis un endroit plus apaisé. Les morceaux à venir explorent cette dualité qui la définit : d’un côté, une indie-pop plus ample, traversée de synthés et d’arrangements de groupe ; de l’autre, un retour à la simplicité folk, presque “cottage core”, comme elle le dit elle-même. Deux pôles qui coexistent, unis par une nouvelle douceur née du temps, de l’expérience, et de deux années de thérapie.

Ses chansons continuent de naître dans des lieux ordinaires. Cette banalité du décor contraste avec la profondeur émotionnelle de ses textes. Didn’t I en est l’exemple parfait : un morceau discret mais habité, où chaque mélodie pensée comme un refuge.

Une guitare, une voix, une vérité

À l’intérieur de néomí cohabitent deux voix : l’artiste folk à l’ancienne et la conteuse indie contemporaine. Ce qui les relie, c’est cette capacité rare à transformer le doute en poésie, et les émotions diffuses en chansons qui parlent à tout le monde. Didn’t I ne cherche pas l’effet spectaculaire. Il murmure, il observe, il accompagne.

Comme elle le résume avec une lucidité touchante : « La vie est foutue, mais c’est la vie, et il faut la vivre quand même. » Dans cet entre-deux, néomí continue d’écrire. La chanteuse nous rappelle que parfois, une simple guitare et une voix honnête suffisent à tenir dans le chaos.