Il y a chez Bear Garden quelque chose d’à la fois cérébral et viscéral. Derrière cet alias se cache le saxophoniste suédois Martin Wirén, né à Gällivare, dans le nord magnétique de la Suède. Son instrument, le saxophone, il l’a rencontré enfant. Depuis, il ne l’a jamais vraiment quitté — même si aujourd’hui, dit-il, « écrire des chansons est devenu au moins aussi important ».
De Gällivare aux clubs européens, Bear Garden en pleine ascension
Après l’album “Up“, sorti en février 2024 et salué par BBC 6 Music (le single éponyme y fut sacré “Beat of the Week”) et par la radio américaine KEXP, Bear Garden a enchaîné les dates en Suède et en Europe, de Londres à Madrid en passant par Copenhague. Entre-temps, le morceau “Earth” s’est offert une seconde vie virale sur TikTok, culminant à 3,4 millions de vues, preuve que l’instrumental peut encore électriser l’algorithme.
Mais c’est avec “Heartaches”, premier extrait d’un troisième album prévu pour octobre 2026, que le projet change subtilement de dimension.
Ici, Bear Garden brouille encore les pistes. “Heartaches” mêle hip-hop, pop et jazz dans un geste ample, presque panoramique. Les influences revendiquées dessinent une constellation improbable : l’âme mystique de Sault, la spiritualité cosmique de Pharoah Sanders, l’énergie protéiforme de King Gizzard & the Lizard Wizard. Un grand écart esthétique qui, sur le papier, pourrait sembler périlleux. Sur disque, il devient une évidence.
Le morceau repose sur une architecture dense : couches de batteries superposées, chœurs qui surgissent comme des mirages, saxophone tantôt incandescent, tantôt méditatif. Tout avance avec une force centrifuge. Une poussée vers l’avant qui donne au titre cette sensation de vague sonore, ample et immersive.
Ce qui frappe, pourtant, c’est le paradoxe revendiqué par Wirén : « Trouver l’essence de chaque mélodie en retirant le plus possible. » Derrière l’accumulation apparente, il y a un travail d’épure. Chaque motif semble avoir été taillé, poli, réduit à son noyau émotionnel. Le résultat n’est jamais démonstratif. Il est organique.
Le cœur battant du saxophone moderne
“Heartaches” est une énergie qui transforme la mélancolie en propulsion. Le saxophone, signature historique de Bear Garden, ne cherche plus seulement l’expression pure : il dialogue avec les beats, s’inscrit dans un groove presque urbain, flirtant parfois avec une pop expérimentale aux contours cinématographiques.
Cet aperçu de son futur album agit comme un pont entre le jazz et la pop, entre la tradition instrumentale et l’urgence moderne.
Et si le cœur se brise, ici, c’est pour mieux faire vibrer le reste.













