À Lyon, le printemps ne commence jamais vraiment sans eux. Depuis vingt ans, Les Chants de Mars fait vibrer la ville au rythme d’une chanson en mouvement – libre, engagée, profondément humaine. Pour cette édition anniversaire et comme pied de nez à une actualité plus que morose, le festival met les bouchées doubles en proposant une programmation toujours collective et inclusive.
La musique et le vivre ensemble au coeur du projet
Vingt ans à tisser des liens entre artistes émergents, structures locales, publics fidèles et curieux de passage. Vingt ans à défendre une certaine idée de la chanson, loin des formats figés, proche des réalités contemporaines. Ici, les voix se croisent, se répondent, se transforment. La programmation n’est jamais un simple enchaînement de concerts : elle raconte une vision.
Pour cette édition anniversaire, le mot d’ordre est clair : engagement. Engagement pour l’émergence, d’abord, cœur battant du festival depuis ses débuts. Pour la diversité, reflet d’un monde multiple. Engagement pour l’égalité, l’écologie, la jeunesse. Autant de lignes de force qui irriguent une programmation pensée comme un espace de dialogue entre générations, esthétiques et territoires.
Au fil des années, Les Chants de Mars a su s’imposer comme un véritable laboratoire de la chanson francophone, tout en restant ancré dans le tissu lyonnais. Un réseau patient, construit avec des lieux, des associations, des artistes, qui donne aujourd’hui au festival cette densité singulière. Ici, la musique ne se consomme pas : elle se partage, se discute, se vit.
Pour accompagner cette traversée symbolique, le duo Terrenoire endosse le rôle de parrain. Une évidence tant leur univers, entre poésie urbaine et introspection politique, résonne avec l’ADN du festival. Leur présence inscrit cette édition dans une continuité : celle d’une chanson qui regarde le monde en face.
Une première soirée envoûtante
Et comme un retour à l’essentiel, l’ouverture du festival se fait avec une artiste encore en devenir : Juliette Magnevasoa. Un choix qui dit tout. Chez elle, l’intime devient matière vivante. Sa voix, douce et habitée, porte des textes ciselés où l’on sent affleurer l’exil, l’ancrage, le mouvement. Sur scène, elle incarne cette tension rare entre distance et immersion – “le bocal et le poisson”, comme elle le décrit elle-même.
Passée par le duo Pauline & Juliette, repérée par des figures comme Francis Cabrel ou Richard Bona, elle amorce aujourd’hui un virage décisif en solo. Sa rencontre avec BlackJoy ouvre un nouveau chapitre, marqué par la sortie remarquée de “La Playa“, en collaboration avec Blundetto. Depuis, elle trace sa route, entre compositions personnelles et relectures sensibles, comme sur “Routines“, recueil de reprises paru en 2025.
La suite s’annonce passionnante

Mais cette soirée d’ouverture n’est qu’un premier chapitre. Car cette édition anniversaire déploie n’a pas dit son dernier mot. On y croisera la puissance frontale de Juste Shani, la pop sensible et générationnelle de Zélie, l’énergie brute et instinctive de Sam Sauvage, ou encore les textures plus indie de James Baker. Autant de trajectoires singulières qui dessinent, en creux, le paysage mouvant de la chanson actuelle.
Le festival s’écrit dans ces voix encore fragiles, encore libres, encore en construction. Un endroit où la chanson devient un outil de résistance autant qu’un terrain d’imaginaire.
Vingt ans plus tard, l’élan est intact. Et si cette édition anniversaire regarde dans le rétroviseur, c’est surtout pour mieux prendre de la vitesse.














