Mary Middlefield n’y va plus par quatre chemins. Avec “Wake Up!“, la songwriter indie-rock ouvre l’année comme on claque une porte trop longtemps retenue : fort, frontal, et sans chercher à s’excuser du bruit. Un morceau sous haute tension, où les guitares crissent, la batterie cogne, et la voix refuse toute forme d’adoucissement.

Un réveil délicieusement chaotique

« C’est le son de quelqu’un qui se surprend à son pire moment et qui laisse la bande tourner. »

Mary Middlefield

Construit sur une urgence presque suffocante, Wake Up! capte l’instant précis où le contrôle lâche. Là où l’introspection se transforme en spirale, où l’amertume, le dégoût de soi et la projection vers l’autre se confondent dans un même cri intérieur. Les injonctions répétées, les refrains coupants, volontairement abrasifs, agissent comme une gifle.

Mary joue ici avec honnêteté. Wake Up! n’est ni cathartique ni rédempteur. Il expose, sans filtre, ce moment où l’empathie se retire, où la lucidité devient presque douloureuse. Une confession sonore, inconfortable, mais impossible à ignorer.

Le clip prolonge cette mise à nu. Dans un espace fragmenté et claustrophobe, Mary Middlefield se démultiplie entre miroirs, reflets et écrans, à la fois actrice et spectatrice de son propre effondrement. Pieds nus, ancrée au sol, elle occupe l’espace sans chercher à se rendre aimable. Une mise en scène sèche, presque inconfortable, qui refuse toute esthétique de l’évasion.

La nouvelle voix rebelle de la scène indie

Avec Wake Up!, l’artiste poursuit une trajectoire déjà solidement amorcée par “The Feast“, “Summer Affair“, “Will You Read My Mind” ou “Bite Me“. Des titres qui lui ont valu une reconnaissance rapide (playlists majeures, soutien radio international) et une place parmi les Spotify Artists to Watch 2025. Mais ici, elle semble aller plus loin : moins séduisante, plus tranchante, plus exposée.

Co-écrit avec Anna Borkenhagen et Yvan Vindret, et produit par Gwen Buord, le morceau déploie une architecture sonore ample, presque orchestrale, sans jamais diluer la rage qui l’anime. Chaque montée accentue la sensation d’étouffement, chaque rupture laisse apparaître une faille supplémentaire. Mary Middlefield ne cherche pas à masquer ses contradictions : elle les amplifie.

À l’heure où elle finalise un second album annoncé comme profondément personnel (autour de l’identité, de l’auto-possession et du rapport à soi) Wake Up! agit comme un avertissement. Celui d’une artiste qui ne veut plus polir ses angles, ni rendre ses émotions plus digestes. Une voix qui préfère déranger plutôt que rassurer, et qui, dans ce chaos assumé, affirme plus que jamais sa place sur la nouvelle scène indie-rock.