Discret, mais déjà incontournable, Rayhan Jabbar s’impose comme l’une des voix les plus singulières de Toronto. Rappeur, acteur et humoriste né à Scarborough, il signe avec “EP#5” un triptyque intense où hip-hop mélodique, pop atmosphérique et textures expérimentales se rencontrent dans un univers profondément cinématographique.
L’hiver comme décor, la résilience comme moteur
Le projet s’ouvre sur “Windchill Minus Twenty”, véritable court-métrage hivernal posé sur une rythmique sombre. Rayhan y raconte Scarborough sans filtre : le froid qui mord les poumons, les jackets trouées, les discussions avec sa mère, les combines pour payer des cours de théâtre, et cette impression constante d’évoluer sans jamais vraiment quitter le quartier.
Son écriture frappe par sa précision documentaire : funérailles à répétition, traumatismes familiaux, violences policières, amour compliqué quand survivre passe avant tout. Entre confession et bravade, Rayhan livre un récit cru mais maîtrisé, où chaque barre transpire l’endurance émotionnelle. Ce n’est pas du storytelling cosplay : c’est Toronto vu de l’intérieur, transformé en poésie urbaine.
Avec “Basic”, Rayhan bifurque vers une indie pop nocturne portée par des guitares scintillantes et une tension permanente. Le morceau capture une relation aussi magnétique qu’autodestructrice : cigarettes volées, phrases terminées à la place de l’autre, souvenirs berlinois à 2h du matin.
Sous l’humour et la désinvolture affleure une vulnérabilité assumée. Rayhan excelle dans cet entre-deux fragile, où le swagger cède la place à l’intime.
L’ EP se conclut avec “Shotta”, une pièce électronique instrumentale propulsée par un sample Bollywood. Club-ready, cinématique, en mouvement constant, le morceau montre une autre facette de Rayhan : celle d’un artiste à l’aise avec le lâcher-prise, capable de tordre les formats sans perdre son identité.
Scarborough : l’école de la vie
Rayhan est un enfant de Scarborough au sens le plus pur du terme. Il est façonné par ce tissu urbain qui a vu émerger The Weeknd. Pas dans l’imitation, mais dans l’origine : cette mosaïque culturelle où hip-hop, R&B, dancehall, pop et mélodies indiennes coexistent naturellement.
Grandir dans ce Toronto ouvrier et multiculturel forge une polyvalence instinctive. Chez Rayhan, elle devient esthétique : une musique nourrie par la collision permanente des styles, des langues et des récits. Ici, la versatilité n’est pas un argument marketing mais un réflexe de survie.
Trois titres, une vision
EP#5 fonctionne comme un instantané : réalisme hivernal, vulnérabilité nocturne, propulsion électronique. Trois ambiances, une même voix. Rayhan écrit à partir du mouvement, de la mémoire et du lieu.
Déjà, la suite se dessine : “crash bando coup” EP prévu au printemps 2026, puis l’album “Almost There XO” attendu le 28 août 2026, sans oublier ses prochains rôles au cinéma.
Avec EP#5, Rayhan confirme son rôle de narrateur urbain et se place comme l’un des visages les plus prometteurs de la nouvelle scène torontoise. Scarborough lui a donné la faim. Il transforme désormais cette urgence en cinéma sonore.














