Not Over” s’ouvre comme une fissure dans le temps. Après quatorze ans de silence, By Million Wires ne referme rien : ils rouvrent. Et ce qu’on entend, ce sont moins des chansons que des traces encore chaudes d’un passé qui refuse de disparaître.

Originaire du cœur de la Pologne, le groupe façonne depuis ses débuts un rock alternatif atmosphérique, où les guitares mélodiques croisent des voix intimes et des paysages sonores presque cinématographiques. Avec Not Over, attendu le 1er mai 2026, By Million Wires poursuit son évolution.

Un EP construit sur les traces du passé

Ce nouveau chapitre s’ouvre dans la continuité de trois singles qui dessinent déjà sa colonne vertébrale émotionnelle.

Avec Over, sorti en février 2026, le groupe actait déjà un retour après 14 ans de silence. Un morceau structuré autour d’un ostinato de guitare hypnotique, qui s’ouvre progressivement vers une montée shoegaze et post-rock. On y entend la fatigue du temps, les projets inachevés, mais aussi une tension très physique : celle d’une émotion qui refuse de disparaître.

Dans un registre plus intérieur, I Know Better explore la question de l’autonomie et du départ. Porté par un rythme en trois temps et des guitares plus chaleureuses, le morceau traduit ce moment précis où l’on choisit de s’extraire des trajectoires imposées. Une écriture plus directe, presque fragile, où la voix semble chercher sa propre direction.

“Glass Houses”, le point de bascule

Mais c’est sans doute Glass Houses qui cristallise le mieux l’ambition de l’EP.

Le morceau s’impose comme une pièce centrale, presque architecturale. Les guitares y sont traitées comme des couches de mémoire : d’abord fines et chargées de delay, puis progressivement plus denses, jusqu’à un final où elles s’entrelacent dans une tension harmonique presque orchestrale.

Le groupe y explore une idée simple mais vertigineuse : celle de la mémoire qui se fissure. Glass Houses évoque une Arcadie perdue, un lieu mental qui se brise au contact du réel. Le résultat est à la fois fragile et massif, intime et ample.

Une esthétique entre shoegaze et rock cinématographique

Ce qui traverse Not Over, c’est une idée persistante : celle de l’inachèvement. Rien ici n’est totalement clos, ni les émotions, ni les structures, ni même les trajectoires.

Le groupe assume une écriture où les morceaux commencent souvent dans l’intime – guitare sèche, voix proche – avant de s’élargir vers des paysages plus vastes, presque cinématographiques. Une manière de traduire physiquement ce que les textes suggèrent : le passage constant entre mémoire et présent, entre contrôle et débordement.

Musicalement, By Million Wires continue de creuser une ligne qui évoque autant le shoegaze que certaines formes de post-rock narratif, avec un sens aigu de la montée dramatique. Les guitares ne sont jamais décoratives : elles portent la tension, construisent les espaces, et finissent souvent par engloutir la voix plutôt que la soutenir.

Mais au cœur de cette densité, il reste toujours quelque chose de profondément humain. Une fragilité qui empêche la musique de basculer dans le grandiloquent.

“Not Over” comme déclaration

Le titre de l’EP fonctionne presque comme une phrase inachevée. Not Over ne ferme rien, il suspend. Il laisse entendre que quelque chose continue, malgré le temps, malgré les silences, malgré les ruptures.

Le groupe le dit lui-même : ce n’est pas un retour, mais un nouveau départ.

Et c’est peut-être là que réside la force de ce disque : dans cette manière de transformer une absence prolongée en matière vivante, et de faire du manque non pas une fin, mais un point de départ.

Et dans ce paysage sonore fait de guitares lumineuses et de cicatrices encore ouvertes, une chose s’impose doucement :
rien n’est vraiment terminé.