Après avoir exploré le rock sans vraiment se définir comme un musicien de rock, Freidrich$ s’attaque aujourd’hui au folk avec la même liberté. Avec « I Came Across », il dévoile le premier aperçu de son nouvel album solo du même nom, successeur de We’re A Long, Long Way From Home et de son travail au sein d’Outsideness. Un disque plus acoustique, plus dépouillé, mais qui conserve cette manière bien à lui de ne jamais entrer dans les cases.
En territoire folk sans quitter les marges
Si son précédent album pouvait être décrit comme un disque de rock composé par quelqu’un qui ne fait pas vraiment du rock, I Came Across pourrait être son équivalent folk. Ici, les guitares acoustiques, la voix et quelques arrangements parcimonieux constituent l’essentiel du décor. Pourtant, impossible de parler d’un véritable virage vers le “singer-songwriter” traditionnel. Freidrich$ emprunte au folk son vocabulaire sans renoncer à ce qui caractérise depuis toujours sa musique : une sensibilité d’outsider, des réflexes hérités du hip-hop, une certaine rugosité et un goût pour les détours inattendus.
Nick Drake apparaît comme la référence la plus évidente, rejoint par Elliott Smith et Conor Oberst. Trois artistes chez qui la simplicité apparente d’une chanson cache souvent une grande sophistication émotionnelle. Une voix, une guitare, quelques notes et une mélodie suffisamment forte pour créer son propre espace.
C’est précisément ce que l’on retrouve dans « I Came Across ». Le morceau avance avec une forme de retenue, porté par une instrumentation légère qui laisse toute la place à la voix. Freidrich$ accepte ici le vide. Les silences, les imperfections et les respirations deviennent partie intégrante de la composition.

la sincérité dans l’imperfection
Cette économie de moyens donne au titre une proximité presque troublante. Les arrangements restent volontairement simples, mais la chanson ne paraît jamais inachevée. Au contraire, chaque élément semble avoir suffisamment de place pour exister pleinement. La guitare devient le point d’ancrage, tandis que la voix apporte cette étrange sensation de proximité qui traverse l’ensemble du projet.
Il y a quelque chose d’assez intemporel dans cette approche. I Came Across s’inscrit dans une tradition où une chanson n’a pas besoin de beaucoup plus qu’une voix, un instrument et une idée suffisamment solide pour résister à l’épreuve du temps. Mais Freidrich$ ne serait pas tout à fait Freidrich$ s’il se contentait de respecter les règles du genre. Les structures se décalent, certaines décisions semblent volontairement légèrement déplacées, les surfaces restent imparfaites. Même lorsqu’il se fait minimaliste, il conserve ce goût pour l’accident et l’inattendu.
Freidrich$ rajoute une corde à sa guitare
C’est d’ailleurs cette tension qui donne à l’album toute sa singularité. Freidrich$ n’a jamais vraiment abordé les genres depuis leur centre. Hip-hop, R&B, rock, musique électronique ou aujourd’hui folk ne sont pas pour lui des identités à adopter, mais plutôt des matières à manipuler. Il peut les traverser, les déconstruire et en conserver certains éléments pour fabriquer quelque chose qui lui ressemble. Avec I Came Across, les matériaux sont simplement devenus plus organiques.
Le changement est particulièrement perceptible lorsqu’on le compare à We’re A Long, Long Way From Home. Là où ce dernier cherchait à s’étendre, le nouvel album choisit de réduire son périmètre. Moins d’instruments, moins de production, moins de couches pour se cacher derrière. Le résultat est paradoxalement plus frontal. Quand il ne reste presque plus rien entre l’artiste et l’auditeur, chaque détail prend davantage de poids.
Les morceaux « Ocean Roar », « Escape », « Radiant », « Last Days » ou « Fireflies » semblent ainsi appartenir au même monde : des chansons guidées par la mélodie, la répétition et l’atmosphère, suffisamment dépouillées pour laisser apparaître leurs aspérités. Freidrich$ ne cherche pas à transformer cette simplicité en démonstration de virtuosité. Il s’intéresse plutôt à ce qui se produit lorsqu’une chanson est réduite à son essence.
I Came Across n’est pas un retour aux sources, encore moins une tentative de fabriquer un disque folk conventionnel. C’est plutôt une nouvelle expérience de réduction : retirer progressivement tout ce qui est superflu jusqu’à ne conserver que ce qui fait qu’une chanson mérite encore d’être écoutée.














