Chez SP’s, les drames personnels ne sont visiblement pas une raison suffisante pour annuler une répétition. Ils sont plutôt un prétexte pour monter le volume. Avec « Ripper », le groupe de Los Angeles transforme une rupture amoureuse en morceau électrique, à la fois rageur et étonnamment vulnérable. Un titre qui résume déjà la tension au cœur de leur premier album, Dating at the End of the World, attendu le 26 mars 2027.

La fureur punk comme seul remède

« J’étais encore complètement à vif. Je pleurais toute la journée. Je me suis dit : je vais quand même aller répéter, alors autant faire quelque chose de furieux. »

Steve Albertson

Derrière le morceau, il y a une histoire de cœur brisé bien réelle. Il est né après la rupture amoureuse de Steve Albertson, chanteur et parolier du groupe. Une rupture qui n’a rien d’une petite déception sentimentale : Steve était fiancé, et cette séparation a marqué le point de départ de tout un album consacré à ce qui vient après.

Alors que le sujet aurait pu appeler une ballade lacrymale, c’est une autre impulsion qui donne à « Ripper » sa force particulière. Le morceau ne cherche pas à masquer la douleur derrière une attitude punk. Il la laisse affleurer, tout en lui donnant suffisamment d’énergie pour continuer d’avancer.

Musicalement, le groupe délaisse ici sa brutalité garage pour une coloration emo qui laisse davantage de place à la mélodie. La guitare de Steve LaBate doit notamment beaucoup aux Strokes, aux Minutemen et à Tom Petty, trois influences assez différentes qui se retrouvent dans un même hook immédiatement identifiable. En dessous, la batterie d’Allen Kronenberger et la basse de James Holland restent verrouillées l’une à l’autre, propulsant le morceau sans relâche. Jusqu’au moment où tout s’effondre.

Un rock vintage et sensible

SP's - Ripper

Formé à Los Angeles autour de Steve Albertson au chant, Steve LaBate à la guitare, aux claviers et aux chœurs, James Holland à la basse et Allen Kronenberger à la batterie, le groupe navigue entre punk, garage rock, indie et power pop sans vraiment choisir son camp. Leur musique peut être abrasive, politique et franchement chaotique, mais aussi traversée de mélodies accrocheuses et de moments d’introspection désarmante. Une formule qui les rapproche autant des IDLES, Amyl and the Sniffers que des Minutemen ou Pixies.

« Ripper » est d’ailleurs loin d’être un simple épisode sentimental isolé. Le morceau agit comme le catalyseur de Dating at the End of the World, un album qui fera cohabiter chagrin d’amour, désillusions liées aux rencontres contemporaines et colère face au climat politique américain. Un univers où le personnel et le collectif ne sont jamais très éloignés : les déceptions sentimentales se mêlent à l’actualité elle-même source permanente de tension.

Le clip de « Ripper » a été justement réalisé, filmé et monté par Holly Parker pendant les sessions de l’album. SP’s y apparaît dans son environnement naturel : en répétition, sur scène, mais aussi dans les rues de Los Angeles. Julia Kugel et Wyatt Blair font même une apparition dans la cabine d’enregistrement. L’ensemble ressemble à un kaléidoscope de la vie du groupe, entre chaos organisé et moments de camaraderie. Car si les paroles de « Ripper » sont lourdes, SP’s n’a visiblement aucune intention d’adopter une posture dramatique permanente.

Un album qui compte bien faire de bruit

Avec « Ripper », SP’s ne prétendent donc pas avoir trouvé la recette pour surmonter une rupture. Ils font quelque chose de plus simple : prendre la douleur telle qu’elle est, brancher les amplis et voir ce qui en sort. En l’occurrence, un morceau furieux, mélodique et suffisamment vulnérable pour se transformer en exutoire collectif.