Chez Simon Beigelman, tout commence par une forme de délicatesse. Une manière d’habiter ses chansons sans jamais les brusquer. Avec “L’intéressant”, le chanteur francilien affine encore un peu plus les contours de sa néo-variété introspective.

La néo-variété du doute

Anciennement connu sous le nom de bgl, Beigelman a grandi à Antony, formé à la trompette au conservatoire avant de bifurquer vers l’écriture au lycée. Une double approche, musicale et littéraire, qui se ressent immédiatement dans ses morceaux : tout est affaire de respiration, de placement, de mot juste.

L’intéressant”, dans ce sens, fonctionne presque comme une miniature. À peine trois minutes, et pourtant une sensation d’espace. La production est volontairement dépouillée : un piano qui trace la ligne, des synthés chauds en arrière-plan, et très peu d’artifices rythmiques. Rien ne déborde. Ce minimalisme est un choix, celui de laisser la voix et le texte au premier plan.

Et justement, la voix. Posée, retenue, presque parlée par moments. Ici, pas de démonstration, Simon Beigelman préfère installer une proximité. Une manière de capter l’attention sans jamais la forcer.

Derrière ce calme apparent, le morceau creuse une question très actuelle : qu’est-ce que ça veut dire, être “intéressant” ? Le titre agit comme un piège. Il évoque le regard des autres, la mise en scène de soi, cette pression diffuse de devoir exister à travers une image. Entre sincérité et façade, la chanson explore ce flottement identitaire, cette fatigue discrète de devoir constamment attirer l’attention.

Une écriture sensible inspirée des plus grands

On retrouve là une filiation évidente avec Georges Brassens pour le sens du texte, Disiz pour l’introspection, et l’ombre de Starmania dans cette capacité à transformer l’intime en matière collective. Simon transforme ces influences en une écriture très personnelle, à la fois mélancolique et étrangement apaisée.

Car “L’intéressant” n’est jamais écrasant. La mélancolie y est douce, presque confortable. Les harmonies restent lumineuses, le tempo ne s’alourdit jamais.

Après “Souvent, tout le temps” (2025), ce nouveau titre confirme une direction claire : celle d’une chanson française qui refuse le spectaculaire pour privilégier la nuance. Une musique qui parle de doutes et d’identité.

Chez Simon Beigelman, il ne s’agit pas d’être “intéressant” à tout prix. Il s’agit plutôt de comprendre pourquoi on voudrait l’être. Et dans ce questionnement discret, presque fragile, se cache toute la force du morceau.