Et si, à force de vouloir être à sa place partout, on finissait par ne plus savoir où se trouve la nôtre ? Avec « chameleon », Malou Lovis met en musique une forme d’insécurité que nombreux connaissent : celle qui consiste à se modeler en permanence pour répondre aux attentes des autres. Nouveau single extrait de son prochain EP soft season, attendu le 25 septembre, le morceau ouvre une nouvelle fenêtre sur l’écriture intime de la chanteuse berlinoise.
Le courage de ne plus être tout pour tout le monde
Être appréciée, acceptée, comprise. Parfois, ces besoins suffisent à nous pousser à modifier imperceptiblement notre manière d’être : adopter les codes des autres, montrer une facette différente selon les personnes, apprendre à devenir ce que l’on pense que l’on attend de nous. Dans « chameleon », Malou Lovis observe ce mécanisme sans chercher à le dramatiser. Le morceau raconte cette sensation de se perdre à force de vouloir correspondre, jusqu’à ne plus très bien distinguer ce qui vient réellement de soi.
Le titre de la chanson résume parfaitement cette idée. Comme un caméléon, on change de couleur en fonction de notre environnement. Pour autant la chanson ne s’enferme pas dans le doute. Au fil du morceau, quelque chose se déplace : la recherche permanente d’approbation laisse progressivement place à une forme de clarté.
« Le doute laisse place à la clarté », explique Malou Lovis à propos du morceau. Derrière le besoin d’appartenir à tous les endroits apparaît alors une prise de conscience essentielle : il n’est pas nécessaire de se transformer constamment pour avoir de la valeur. « chameleon » devient ainsi moins le récit d’une crise identitaire que celui d’une reconnexion à soi. Accepter de ne pas être tout pour tout le monde, renoncer aux versions de soi fabriquées pour être validées et retrouver, peu à peu, la personne que l’on était déjà au fond.
Malou Lovis entre dans sa soft season
Cette démarche s’inscrit directement dans soft season, son prochain EP de six titres et, selon la chanteuse, son projet le plus personnel à ce jour. Après things i wrote down last night, son premier album paru en 2025, Malou Lovis poursuit son exploration de l’identité, de l’amour, de la perte et de l’émancipation, mais avec un regard encore plus tourné vers les zones d’incertitude. Ici, pas besoin d’avoir toutes les réponses immédiatement. La vulnérabilité, les doutes, les périodes où l’on avance plus lentement deviennent eux-mêmes des matières à explorer.
Le titre de l’EP semble d’ailleurs résumer cette nouvelle philosophie. Une « soft season », une période plus douce, moins soumise à l’urgence de prouver quelque chose. Se connaître demande du temps, et peut-être surtout la liberté de ne plus constamment chercher à correspondre.

Ce cheminement prend une dimension particulière lorsqu’on regarde le parcours de Malou Lovis. Révélée au grand public par sa victoire dans The Voice of Germany. Son premier single, « Glacier Rivers », inspiré de son coming out, portait déjà un message contre l’homophobie et les discriminations envers les personnes queer. En finale de l’émission, elle avait également partagé la scène avec James Blunt.
La suite l’a rapidement menée sur les routes. Invitée par Bill et Tom Kaulitz à assurer la première partie de la tournée européenne de Tokio Hotel, Malou Lovis a ensuite poursuivi avec sa première tournée en tête d’affiche. Elle a également retrouvé le groupe allemand sur « One More Day », morceau composé pour la bande originale de la nouvelle adaptation de Momo. Une collaboration autour du temps qui passe et des liens qui nous construisent, qui prolonge finalement certains des thèmes déjà présents dans son propre univers.
La saison du renouveau
Avec « chameleon », Malou Lovis semble aujourd’hui déplacer légèrement le regard. Il ne s’agit plus seulement de raconter ce qui nous arrive, mais d’interroger la personne que ces expériences ont façonnée. Quelles parts de nous avons-nous modifiées pour être acceptés ? Et que reste-t-il lorsque l’on cesse de jouer un rôle ?
La réponse de Malou Lovis est finalement aussi simple que libératrice : peut-être que rien n’est à reconstruire. Il suffit parfois d’arrêter de changer de peau. « chameleon » raconte cette prise de conscience avec pudeur, et annonce un soft season qui semble vouloir faire de la fragilité non pas une faiblesse, mais un espace où l’on peut enfin apprendre à se retrouver.














