Après des années à faire résonner sa voix au sein de Random Recipe et Dear Criminals, Frannie Holder ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre. Avec « Maman », la chanteuse, musicienne et créatrice multidisciplinaire dévoile le premier extrait de De grâce, son premier album solo en français. Un morceau intime et poignant, né d’une expérience du deuil mais surtout d’un rapport profondément renouvelé à la vie.
Dernier acte et nouveau départ
« Côtoyer la mort a transformé l’importance que j’accorde à la vie. »
Frannie Holder
« Maman » est directement inspiré de la disparition de la mère de Frannie Holder, décédée en 2024. L’artiste l’a accompagnée jusqu’à ses derniers instants, une période qui a profondément transformé son rapport au temps, aux mots et à la musique. Dans leurs derniers moments ensemble, le chant est devenu un moyen de maintenir le lien. Frannie lui chantait des airs, renouant ainsi avec une fonction essentielle de la musique : celle de créer une présence lorsque les mots ne suffisent plus.
Cette expérience constitue le point de départ de « Maman », mais aussi, plus largement, de De grâce. Le morceau cherche à donner une forme concrète à des sensations difficiles à saisir : le cœur qui cesse de battre, le dernier regard échangé avec une mère, les derniers mots prononcés. Le dernier « je t’aime » devient ici matière musicale.

Pour Frannie Holder, ce projet marque également une première : celle d’écrire et de chanter entièrement en français. Un choix qui prend une dimension particulière tant sa place est importante dans son histoire familiale. Sa mère était professeure de francisation et libraire, et accordait une importance toute particulière aux mots. Longtemps, Frannie a ressenti une certaine pudeur à l’idée d’écrire en français. Après sa disparition, cette retenue s’est transformée en évidence.
Le français devient ainsi une manière de prolonger une conversation interrompue. Une façon de continuer à s’adresser à celle qui lui a transmis, entre autres choses, le goût des mots. Cette dimension donne à « Maman » une portée qui dépasse le simple hommage car elle devient aussi un espace de dialogue entre une fille et sa mère.
Un talent multidisciplinaire
Musicalement, cette nouvelle étape permet à Frannie Holder de dévoiler des facettes plus personnelles de son univers. De grâce navigue entre électro-pop et piano-voix, alternant les moments d’ombre et les éclaircies. L’album a été entièrement écrit, composé, interprété et réalisé par Frannie, avec la collaboration de plusieurs artistes de son entourage. Benoît Bouchard a assuré la coréalisation, tandis que le mixage a été confié à Mark Lawson.
Cette liberté artistique s’inscrit dans la continuité d’un parcours particulièrement éclectique. Frannie Holder s’est d’abord fait connaître avec Random Recipe, formation montréalaise mêlant hip-hop et pop, puis avec Dear Criminals, projet aux influences électro, pop et folk. Avec ces deux groupes, elle a sillonné les scènes internationales et développé une identité artistique qui ne s’est jamais limitée à un seul territoire musical.
Depuis 2018, son travail s’est également étendu aux arts vivants et à l’image. Elle a notamment signé des conceptions musicales, mises en scène ou directions artistiques pour des projets de cinéma, de théâtre, de danse contemporaine et de télévision. Cette pratique multidisciplinaire nourrit naturellement son approche de la musique, pensée autant comme un langage que comme un espace de mise en scène.
Frannie dit oui
Avec De grâce, Frannie Holder revient pourtant à quelque chose de plus dépouillé : sa voix, ses textes et les émotions qui les traversent. Le projet est porté par « l’urgence de vivre avant une fin annoncée », une idée directement liée à l’expérience qui a donné naissance à « Maman ». La mort y est présente, mais elle n’écrase jamais complètement le disque. Au contraire, elle semble renforcer l’envie de regarder la vie avec davantage d’attention.
Le clip de « Maman », réalisée par la cinéaste Sophie Deraspe, prolonge cette approche intimiste en images. Elle accompagne une chanson qui préfère la retenue au spectaculaire, laissant toute la place à la voix et aux souvenirs.
Avec « Maman », Frannie Holder ne cherche donc pas simplement à raconter une disparition. Elle transforme une expérience intime en un geste de transmission, où le français, la musique et les souvenirs permettent de maintenir un lien malgré l’absence. Et derrière le chagrin se dessine déjà la promesse de De grâce : un album où la vulnérabilité devient une manière de célébrer ce qui reste.














